Sensualité féminine

, par  Adeline Geslin , popularité : 3%

Sensualité féminine

Dans la tradition musulmane la femme (et surtout la femme mariée) doit se couvrir pour ne pas attirer les regards des hommes. Du hidjab au niqab la femme égyptienne donne l’impression d’une uniformité. La femme doit cacher ses formes, perdre son individualité, être la moins féminine possible. Et pourtant. Si cette féminité est cachée par du tissu elle reste bien présente. Il suffit, pour la découvrir, de se trouver en des lieux où les hommes sont absents et où il devient alors possible pour elles de se dévêtir.

C’est ce que j’ai découvert à la salle de sport. Il y a deux options possibles. On peut fréquenter des clubs de sport mixtes (qui sont souvent des lieux de rencontres entre les hommes et les femmes célibataires) ou bien seulement réservés aux femmes. Il se trouve que, juste en bas de ma rue, est présente une chaîne célèbre réservée aux femmes (“Samia Allouba Ladies Only”). Et lorsque l’hiver arrive et que l’on doit rentrer dans nos appartements froids une solution s’impose : le sauna dans les salles de sport. Celui de Samia Allouba donne une vue parfaite sur les vestiaires, il est possible, une fois à l’intérieur et grâce à une vitre teintée, de tout observer sans être vu. Chaque mardi (où a lieu un des cours les plus populaires de danse, à 19h30) j’ai ce même amusement de pouvoir épier une vingtaine de femmes. C’est alors une avalanche de rires, de paroles échangées par-dessus les épaules ; plusieurs enfilent un short, réajustent leur coiffure, se remaquillent, sautillent devant le miroir. Il y a ce déhanchement qui conduit au long déchiffrement de soi devant le miroir. L’inquiétude de pouvoir plaire, la contemplation des formes en se demandant s’il ne faudrait pas entamer un régime. Puis vient l’heure du cours. Elles prennent plaisir à reprendre possession de leurs corps, sans jugement ni inquiétude d’être dans l’inconvenance. Car les Égyptiennes connaissent leur corps. Il suffit de les voir lors des mariages entamer des danses orientales telles le « belly dancing ». Il n’y a pas plus sensuel ou plus suggestif que ce mouvement des épaules, de la poitrine, des hanches et des fesses. La seule différence par rapport à un clip de RnB sera que les hommes danseront d’un côté, et les femmes d’un autre, sans le moindre contact entre eux.

Puis vient le rhabillage, le retour dans une vie mixte. Il faut alors remettre les longues robes noires par-dessus la tenue de sport, les épingles sur le hidjab. Il est impossible de les reconnaître une fois dehors, l’uniformité reprend le dessus. La démarche redevient sérieuse. Ces femmes en noir contrastent avec la liberté des fillettes évoluant dans des tenues légères. Liberté de l’enfance, de l’innocence où la fillette ne comprend pas encore ce que sera, pour elle, d’être une femme.

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