En taxi plutôt qu’en vélo

, par  Adeline Geslin , popularité : 3%

En taxi plutôt qu’à vélo

Taxi lancé

Il y a d’abord le taxi-transport, car mieux vaut éviter de conduire soi-même. Pour quelques euros on peut traverser la ville presque entière. Entrer dans un taxi c’est rencontrer un univers. Un peu de moquette sur le tableau de bord, des boîtes de mouchoirs, parfois des appuis têtes en forme d’ours. Suspendus au rétroviseur diverses amulettes. Des photos de famille, des papiers qui traînent. Mais attention au taxi loterie. On peut tomber sur un taxi factice, un taxi branlant, un taxi au plancher troué. La seule certitude sera qu’il faudra payer sa course. Et entre le chauffeur bougon et le chauffeur moulin à parole, peu d’intermédiaire. A chaque taxi qui s’arrête on ne saura pas de quoi sera fait le trajet. Le principal objectif sera d’arriver à la bonne destination. Ici pas de GPS mais une méthode égyptienne : demander son chemin en route, un bref coup de klaxon, quelques formules de politesse, et quelques indications lancées en route. Méthode répétée tous les trente mètres car il faut confronter les informations entre elles, la moitié seront fausses. Et le coup de la panne d’essence est toujours possible quand le chauffeur juge être allé trop loin. On doit alors descendre au milieu de nulle part et attendre le prochain chauffeur ou bien marcher sous le soleil jusqu’à rejoindre un plus grand axe.

Faut-il redouter les embouteillages ? Sans ceinture et sans code de la route ils ont été parfois longuement attendus (quand vient enfin le soulagement des battements du cœur qui ralentissent). Lorsqu’on est lancé à fond, dans les virages, il est possible, pour des nouveaux arrivés, de pousser quelques cris, ce qui ne manquera pas de faire rire le conducteur. Dans les tunnels on ne pourra pas s’empêcher de penser au pont de l’Alma... Et dans les embouteillages on n’est que rarement bloqué, c’est là où commence une partie de Tétris ; l’utilisation de l’espace est ici très particulière, les rétroviseurs étant ce que sont les moustaches pour les chats, les voitures se faufilent là où il semblerait qu’elles ne pourraient passer. Et enfin vient le moment de sortir du taxi. Deux possibilités : un compteur (s’il n’est pas trafiqué) évite les longues négociations. Pas de compteur, un peu de patience et une maîtrise des chiffres en Arabe (un chauffeur parlant un peu anglais oubliera vite son vocabulaire à ce moment) est nécessaire.

Puis il y a le taxi-aventurier. Prendre un taxi au hasard, ne pas aller à un endroit en particulier, ou bien volontairement se perdre. Sentir les pneus crisser et voir la poussière se soulever. Mille bruits accompagnent le moteur. On sent que les amortisseurs doivent être changés, on craint que les freins ne cèdent. Sur les ponts on rase les immeubles, ce qui donne l’impression d’être dans le Cinquième élément si ce n’est la vétusté des véhicules et des habitations. Questionnement sur la vie menée là, à l’intérieur de ces appartements à hauteur de circulation. Il y a aussi le fantasme de rester une nuit entière à l’arrière d’un taxi, de vivre au rythme Cairote tous les quartiers à la fois, de s’imprimer de chaque atmosphère. Traverser le Caire à cent à l’heure sur une musique orientale, l’impression de vivre plusieurs vies en une. Taxi sans ceinture, fenêtres bloquées ouvertes, un sentiment de liberté croissant avec l’air entrant dans la voiture. Des images de scènes de vie qui défilent sous les yeux, aussitôt oubliées et remplacées par d’autres. Le même trajet pourra être refait cent fois et pourtant jamais il ne sera le même, avec à chaque fois un nouvel émerveillement.

Au Caire, on préfère le taxi au vélo même pendant l’heure de pointe.

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