Du vendeur de bananes à la dame aux mouchoirs.

, par  Adeline Geslin , popularité : 9%

Du vendeur de bananes à la dame aux mouchoirs.

Soi-disant que l’on se spécialise trop, et qu’à trop se spécialiser on en oublie le général. Pourtant, je pense que la spécialisation a ses vertus. Loin des Malls, le Caire offre aussi une multitude de petits commerces. Car tout a un prix, n’importe quel objet peut rapporter un revenu. Dans un pays où le tiers de la population vit en-dessous du seuil de la pauvreté tout métier s’improvise.

Il y a encore, les cireurs de chaussures - alors que presque tout le monde est en nus-pieds (les “tchip-tchip” ). On peut trouver des échoppes d’ampoules, de chaises, d’épices, de Corans. Mais aussi le vendeur de batatas, cette patate douce que l’on rôti sur la braise, ou bien le vendeur de jus d’orange confectionné à partir d’un mélange d’eau et de poudre. J’aime aussi les boulangeries égyptiennes dont le four donne directement sur le trottoir et où les pains ronds s’alignent sous nos yeux. Les porteurs de pains sur leur vélo dans un équilibre déroutant. Les vendeurs maraîchers à tous les coins de rue, sur leurs charrettes poussées par un âne pour les moins défavorisés, poussées à la main par les autres. Mon préféré est le vendeur de bananes (“mouz baladi”). Les bananes sont encore accrochées à leur tige, cela nécessite une sorte de coupe coupe pour les détacher. Les bananes égyptiennes, en été, sont chaudes et sucrées car elles restent des heures sous le soleil brûlant. En Egypte la patience est de mise, il faut attendre le client toute la journée, été comme hiver, et attendre la dernière heure du soir pour repartir à vide. Et recommencer de même le lendemain. On croise aussi ces femmes syriennes qui cuisinent chez elles et qui vendent leur spécialité dans la rue ou bien aux feux rouges. Je pourrais faire une longue énumération, les porteurs et livreurs de tout genre, les tatoueuses au henné, les vendeurs de tapis de bédouins en tissus tressés pour une dizaine de livres. Les garagistes divisés en spécialités : pour les pneus, les courroies … Et puis les dames aux mouchoirs. Elles sont nombreuses. Partout. Je ne sais pas où et comment elles s’approvisionnent mais elles ont toujours un petit stock de paquets de mouchoirs. Elles vous supplient du regard de leur en prendre un. Je pense qu’il s’agit ici du dernier métier, celui avant la mendicité, ces femmes sont démunies et ne possèdent plus rien à part ces mouchoirs en papier. J’étais étonnée, au début, de ce marché du mouchoir. Et puis entre la poussière, les endroits sales, les toilettes sans papier, on comprend vite qu’ils deviennent indispensables.

Le plus déroutant de tous les métiers, le plus vain mais le plus significatif est, il me semble, le balayeur de rue. Les aquaplanings sont rares mais ici on glisse sur le sable. Alors, dans les virages dangereux, ou bien dans les quartiers résidentiels, on trouve des balayeurs de sable. Tels Sisyphe et sa pierre, ils balayent, inlassablement, ce sable qui reviendra juste après. Le sable est autant attaché au Caire que la vallée à la montagne. Je me suis souvent demandé à quoi pensait le balayeur de sable et s’il pouvait éprouver du bonheur à sa tâche. Tout ce que nous faisons est répétitif, mais balayer le sable semble défier tout sens. Le Caire est entièrement construite sur la sable, le désert est à chaque porte, et quand la saison des tempêtes arrive tout est enseveli sous une fine couche de sable. Il est impossible de s’en débarrasser.

Dans le métro, assis à sa place, ou bien serré contre quelqu’un, on pense pouvoir échapper, enfin, à tout démarchage commercial. Et puis les portes s’ouvrent, à un arrêt quelconque, laissant entrer un vendeur avec un sac poubelle. Très vite on comprend ce qu’il vend et à quel prix, on est soudainement transporté sur la place du marché, il hurle la qualité et l’utilité de sa marchandise, le bon prix qu’il nous propose. Et pour mieux nous convaincre il va traverser la rame, en nous jetant tour à tour le contenu de son sac ; puis il fera marche arrière, pour reprendre la marchandise non voulue. La plupart du temps on me jette des barres de chocolat, des bonbons divers, ou alors des cahiers de coloriages ou autres jouets pour enfants, des bas, du linge de maison. Et puis, bien sûr, reviennent les mouchoirs.

C’est le souk à chaque coin de rue. Peut-être que le Caire même est un géant souk bouillonnant.

Le vendeur de batatas
Le petit commerce au coin de rue...
La rue en guise d’étal...
Mouz Baladi
La poissonnerie
Le vendeur de pneus

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