l’Atlas Sciences Po 2018

, par  Jean-Christophe Fichet , popularité : 2%

Les publications d’atlas sont fréquentes et il peut être difficile de faire le choix le plus pertinent quand il s’agit d’investir dans un outil de travail personnel ou dans un achat pour le centre de documentation de l’établissement.
Résumer dans une courte présentation l’ensemble des qualités de l’Atlas 2018 constitue une gageure tant il ouvre des perspectives d’analyse et des possibilités d’utilisation en classe ou à la maison. L’ouvrage coordonné par Marie-Françoise Durand offre en réalité bien plus qu’un atlas géographique, il constitue une somme de ressources utiles à nos champs disciplinaires tout comme en Éducation civique et morale.

Les auteurs :
La cartographie est réalisée par l’équipe de l’Atelier de cartographie de Siences Po : Thomas Ansart, Benoît Martin, Patrice Mitrano, Anouk Pettès et Antoine Rio. La plupart des cartes publiées dans cet ouvrage ont été réalisées avec Khartis, l’outil de cartographie en ligne proposé par l’Atelier. Nous en avons fait un retour sur ce site. Plus de 200 cartes mais aussi des graphiques illustrent les textes d’analyse. Cet atlas constitue également un ouvrage à lire. Mélanie Albaret, Delphine Allès, Philippe Copinschi, Marie-Françoise Durand, Lucille Maertens et Delphine Placidi-Frot nous offrent une remarquable mise à jour d’informations sur les thématiques abordées. On apprécie les références qui accompagnent les développements et surtout les 26 pages de lexique qui clôturent la publication. Chaque thématique est enfin illustrée par un « focus » sur des questions d’actualité que nous abordons fréquemment en cours.

L’organisation de l’atlas :

L’introduction de six pages, « Représenter l’espace mondial », alimente notre réflexion sur la première séquence de géographie en Terminale « Des cartes pour comprendre le monde ». Les auteurs s’arrêtent sur les points qui déterminent le travail du cartographe : le regard attentif sur des sources d’origines différentes (États, OIG, organismes privés), le rappel des règles du langage cartographique et l’apport des travaux de Jacques Bertin, le choix des projections. Ils rappellent logiquement que les cartographies de l’ouvrage font l’objet de choix et qu’elles doivent recevoir un regard critique.

Six grandes thématiques structurent l’atlas. Elles s’ouvrent sur des problématiques liées à la mondialisation et sont majoritairement illustrées de cartographies à l’échelle planétaire. Certaines sont attendues mais d’autres se révèlent novatrices sur ce type d’ouvrage : on apprécie en particulier les deux points sur « Stratégies des acteurs transnationaux » et « Tentatives de régulations » utiles pour les programmes de géographie de terminale.

L’organisation de l’ouvrage

Un ouvrage qui dépasse le seul champ de la géographie :

Les programmes de seconde et de terminale en géographie figurent au cœur des contenus de l’atlas. La thématique des contrastes et des inégalités ne surprend pas, mais la notion de développement est abordée par des indicateurs qui vont au-delà du regard économique, de la croissance, ou des partages de richesses. L’opinion des individus, l’importance de l’écologie (via le World Happiness Report et le Happy Planet Index) sont rarement figurés par les manuels mais permettent ici d’élargir l’appréhension de la notion. Malgré leurs limites, ces indicateurs - indice de bien-être ou de bonheur - offrent un autre regard sur la planète.

Des indicateurs alternatifs

©FNSP – Sciences Po, Atelier de cartographie, 2018

Les deux premiers chapitres du thème sur « les mobilités » - Les « vides et les pleins » et « l’urbanisation du monde » - font le point sur des contenus assez familiers. Les chapitres suivants décryptent les différentes mobilités à l’échelle du globe. Ils insistent en particulier sur le problème du contrôle des frontières par les États et les OIG, avec leurs conséquences humaines. La carte comme le texte (« crise morale des démocraties ») soulignent les dysfonctionnements du monde actuel, même si certains points sont un peu rapidement abordés (la question de l’externalisation des frontières est mentionnée mais peu développée).

Des frontières qui se ferment

©FNSP – Sciences Po, Atelier de cartographie, 2018

Nous touchons, à travers ce chapitre, au deuxième intérêt de l’ouvrage, celui d’offrir de nombreuses ressources pour les questions d’Éducation morale et civique : démocratie, diversités religieuses, guerres et paix, genre et sexualité ainsi que le dernier thème sur les tentatives de régulations fournissent de précieux contenus pour organiser des séances de cours. Il faut noter que ce dernier chapitre entre de la même manière dans le programme de géographie de terminale en posant la problématique de la gouvernance mondiale. Le changement des programmes devrait insister sur cette dimension qui est au coeur des questionnements du monde d’aujourd’hui.

Criminalisation de l’homosexualité

©FNSP – Sciences Po, Atelier de cartographie, 2018

Ne manquerait finalement qu’un peu d’histoire ? Des « Grandes découvertes et premier partage du monde » aux questions d’actualité abordées en terminale (« Conflits d’aujourd’hui », « Terrorisme », « Maintenir la paix », « Multilatéralisme » et problématiques de la gouvernance), l’histoire est elle aussi bien présente tout comme la géopolitique. Une mention particulière pour ce formidable graphique sur l’évolution de l’indice Dow Jones de la Bourse de New-York entre 1920 et 2018.

L’indice Dow Jones 1920-2018

©FNSP – Sciences Po, Atelier de cartographie, 2018

Certes, on trouvera toujours des réserves. L’ouvrage est ambitieux, de ce fait le grand nombre de cartographies ou graphiques oblige à une contrainte de formats. On peut regretter le choix des petits formats, qui ne facilitent pas la lecture. L’équilibre se trouve néanmoins, en particulier par la complémentarité des cartes et des graphiques et cette réserve faite, l’ouvrage mérite amplement d’équiper les rayons de nos CDI ! Il ne faut pas oublier non plus que l’ouvrage fait suite à la version numérique qui offre une possibilité de visualisation optimale. La version numérique est commentée par Sylvain Genevois sur le blog Cartographie(s) numérique(s)

Découvrir la version numérique :

NDLA : Merci à Patrice Mitrano et à l’équipe de l’atelier de cartographie de Sciences-Po qui ont gracieusement fourni les illustrations accompagnant ce texte. Celles-ci sont soumises au droit d’auteur.

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